Beaux arts

Viollet-Le-Duc – Les visions d’un architecte

daguérotype de Viollet-le-Duc

La Cité de l’architecture et du patrimoine propose une rétrospective des travaux du grand restaurateur du XIXè siècle, Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), afin d’en célébrer le bicentenaire. Cette exposition, à la scénographie très moderne, est l’occasion de mieux comprendre cet architecte souvent controversé.

Un parcours atypique

Contrairement à la majorité des architectes de son époque, Viollet-le-Duc n’a pas suivi la voie royale des Beaux-Arts et préfère se former en effectuant des stages chez des architectes pour étudier les techniques utilisées sur le terrain et à travers ses voyages, qu’il effectue accompagné de son oncle Etienne-Jean Décluze, un peintre et critique d’art. C’est là que Viollet-Le-Duc développa ses premières visions architecturales.

Viollet le Duc, Cloitre du Mont saint Michel (1825)

Viollet le Duc, Cloitre du Mont saint Michel (1825)

La naissance d‘une sensibilité profondément romantique transparaît dans la correspondance et les dessins qu’il produit au cours de ces pérégrinations en France puis en Italie. Loin de se cantonner à l’étude des aspects techniques, le jeune architecte laisse vagabonder son imagination et ses émotions. Sous sa plume les monuments deviennent des êtres, aux vies tumultueuses. On sent aussi un respect teinté de nostalgie à l’égard de ces vieilles pierres, comme dans le Cloître du Mont Saint-Michel. On ne peut être que frappé par le caractère mystique de ce paysage. La composition est organisée par le rythme par des colonnes du cloître. Il s’en dégage une certaine part de mystère renforcé par la faible luminosité du paysage. La cour, comme les galeries semblent désertes à l’exception de deux personnages. Celui de gauche assis, le dos accolé à l’une de ces colonnes semble rêver, absorbé par un ciel qui se dérobe à notre regard, alors qu’à droite, une statue au réalisme troublant évoque la fonction religieuse du bâtiment. Le port de sa tête légèrement penchée, évoque une certaine nostalgie.

Le rêve et la solitude sont aussi des thèmes que l’on retrouve dans ses autres dessins de voyage, à l’instar de sa représentation du Colisée de Rome effectuée en 1836 (ci-dessous). Dans un paysage sombre, la désolation du lieu semble s’opposer à la puissance de la pierre des arches romaines. Les boucliers jonchant le sol font aussi écho à la gloire passée de ce lieu laissé au XIXè siècle à l’abandon.

Viollet-le-Duc, Le Colisée de Rome (1836)

Viollet-le-Duc, Le Colisée de Rome (1836)

C’est cette fascination pour les monuments antiques et médiévaux qui poussa le jeune Viollet-le-Duc à centrer  sa carrière sur la rénovation du patrimoine.

Le restaurateur de l’Age gothique

Dans les années 1830, la France connaît alors la monarchie de juillet. De retour au pouvoir, les rois de France cherchent à remettre en valeur les monuments symboles de l’Ancien Régime. Ils créent alors l’inspection générale des monuments historiques, chargée de rénover ces trésors du patrimoine national, inspection à laquelle Viollet-le-Duc adhère dès 1834.

Il s’en suit une série de chantiers de rénovation : Sainte-Chapelle (1842), Notre-Dame de Paris (1843), Carcassonne et ses remparts (1844), Saint-Sernin de Toulouse (1846), Saint-Denis (1846) .

Viollet-le-Duc, Réédification de la flèche de la Sainte Chapelle (1853)

Viollet-le-Duc, Réédification de la flèche de la Sainte Chapelle (1853)

Viollet-le-Duc déploie dans ses travaux une grande ardeur. Ses plans, maquettes, esquisses, attestent des recherches fouillées. Il ne se contente pas de réparer le monument, mais cherche à lui rendre son « âme originelle » et son unité architecturale, allant même parfois jusqu’à ajouter des éléments n’ayant jamais existé dans les versions antérieures du monument.

C’est ce type de fantaisie qui créa une polémique autour de ses travaux de restauration. En effet, pour beaucoup ces ajouts étaient des dénaturations voir des abominations.

AU DELà du gothique

Une sensibilité particulière se dégage des peintures et des croquis de Viollet-le-Duc. En effet, il portait une attention particulière à l’ornementation  de ses travaux de rénovation. A cet effet, il effectuait de nombreuses recherches,  pour constituer ses programmes d’ornementation (voir ci-dessous).

Eugène Viollet-le-Duc, Projet d'ornements pour Notre Dame de Paris : gargouilles, rosaces et ornements végétaux, (1849-1866)

Eugène Viollet-le-Duc, Projet d’ornements pour Notre Dame de Paris : gargouilles, rosaces et ornements végétaux, (1849-1866)

Ces esquisses rappellent grandement les enluminures du Haut Moyen-Age : gargouilles issues du bestiaire médiéval, ornements floraux rappelant les jardins courtois. Néanmoins, loin de viser une reconstitution exacte des ornements du Moyen-Age, Eugène y projette aussi ses propres visions du monument.

Ainsi la galerie des Chimères de Notre-Dame de Paris créée par Viollet-le-Duc est un exemple de ces ajouts créé de toute pièce par l’artiste. Contrairement aux gargouilles, présente dans la cathédrale au Moyen Age, ces statues n’ont qu’une fonction ornementale. La plus connue d’entre-elles, la Stryge (ci-dessous, à gauche) est une créature maléfique issue de la mythologie romaine, qui enlevait les nouveaux-nés pour sucer leur sang. L’ajout de telles créatures contribuent à revêtir l’édifice d’une ambiance mystique et inquiétante telle que la souhaitait l’architecte.

La stryge de la galerie des Chimères, dessinée par John Taylor Arms

La stryge de la galerie des Chimères, dessinée par John Taylor Arms

On voit dans cette croix de faitage réalisée Viollet-le-Duc pour Notre Dame de Paris, la nature prendre le pas sur le sujet religieux.

Viollet-le-Duc, Croix de faitage, Notre Dame (1849-1866)

 

 

 

 

 

On peut aussi observer le rôle central occupé par la nature dans ses créations. En effet l’architecte s’inspire des principes créateurs élaborés par les végétaux ou les minéraux pour reconstruire ses structures et plus particulièrement ses charpentes. En outre, elle joue un rôle central dans le programme d’ornementation, où elle semble même la primauté sur le programme religieux. Luxuriante jusqu’à l’excès, elle se déploie en une multitude d’arabesques, qui se détachent du style gothique pour emprunter de nouvelles voies (ci-dessus, à droite et , ci-dessous), qui préfigurent l’Art Nouveau qui apparaîtra à la fin du XIXè siècle.

salle consacrée au projet de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris

 la fibre du patrimoine

L’exposition dévoile aussi le rôle essentiel joué par l’architecte Viollet-le-Duc dans la constitution d’un patrimoine sculptural. On découvre notamment le rôle joué dans la patrimonialisation des sculptures et ornements du XIIè au XVIIè siècle dans le Musée des monuments français, qui est aujourd’hui un des trois départements de la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Moulages d'ornements collectionnés par Viollet-le-Duc pour le Musée des monuments français

Moulages d’ornements collectionnés par Viollet-le-Duc pour le Musée des monuments français

La cité de l’architecture et du patrimoine porte un regard original sur un architecte longtemps décrié. La qualité de la scénographie comme celle des explications permettent de réhabiliter Viollet-le-Duc.

Sitographie :

Biographie fiable et concise sur Viollet-le-Duc

– Sur les controverses autour des travaux de restauration de Viollet-le-Duc

– En savoir plus sur la galerie des Chimères de Notre-Dame de Paris

 

A propos de l'auteur

Stéphanie

Artscen, c'est moi, Stéphanie, la trentaine florissante. Prof d'Histoire-géo et amatrice d'art, je fréquente assidûment les expos. Lieux de découverte et d'expérimentation, elles sont devenues un espace où je puise mon inspiration.
Quel est l'objectif d'Artscen ? Partager avec vous mes découvertes, mes coups de coeur, mes déceptions. Peut-être vous donnerai-je l’envie d’aller découvrir un artiste ? Une période ? Peut-être mes récits vous permettront-ils de replacer une oeuvre ou des informations dans un contexte plus global ? A vous de me le dire…

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