Photographie

Small Stories : quand le rêve vire au cauchemar…

David Lynch, Small Stories

« David Lynch est un illusionniste professionnel, entre les facéties de Méliès, les farces à la Man Ray et le bestiaire de Painlevé »

C’est avec cette critique parue dans Libération au moment de l’inauguration de l’exposition, que je partais à la Maison Européenne de la Photographie. Quelle déception ! Je suis ressortie frustrée d’une exposition qui ne tient pas toutes ses promesses.

UNE MISE EN SCÈNE TRÈS AUSTÈRE

images (1) Des photographies noir et blanc alignées sur des murs tantôt gris, tantôt rouge. Pas de fil  conducteur. Les séries sont mélangées. Un silence absolu. On défile devant les cadres en fil indienne. Des bancs ont été installés au cas où l’impétrant souhaiterait songer quelques temps devant les clichés. Néanmoins, le coeur n’y est pas…

 

 

PLONGÉE DANS UN UNIVERS LUGUBRE

Dans ses Small Stories, l’artiste qui nous avait habitués à des univers ambigus entre rêve et réalité, bascule complètement dans la chimère, ou plutôt dans le cauchemar.

La composition des images a de quoi désarçonner le spectateur. Aucune figure humaine, mais des figurines de pâtes à modeler ou des jouets, des corps découpés : des têtes sans visage, des troncs…   Autour de moi, on murmure : « Ce ne sont que des monstres. », « C’est chelou », « j’y arrive pas ». Peu semblaient frappés par l’onirisme vanté dans l’article de Libération.

david lynch, Woman Small Stories, David Lynch

 

 

 

 

 

 

 

Head, David Lynch

 

 

 

 

 

Non seulement, j’ai été particulièrement marquée par les mauvais traitements subis par les femmes dans ce « petit musée de l’effroi » : déshabillées, mutilées, la proie d’hommes menaçants… Mais, j’ai aussi été déçue par la pauvreté des images. En effet,on retrouve dans ces images un grand nombre de thèmes déjà éculés par les films d’horreur :  des insectes géants, des jouets maléfiques….

UN CARAMBOLAGE D’IMAGES

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Construites à partir de montages d’objets disparates, les images de Lynch évoquent le concept surréaliste, de libre association, dont l’objectif était d’ouvrir la pensée à de nouvelles réalités .

Néanmoins, ici, le résultat parait plutôt mitigé. En effet, comme on l’observe dans la photographie ci-contre, nommée « Childhood », notre oeil est mis à rude épreuve, pour essayer de faire le lien entre les objets et le fond pixelisé. Finalement, la création d’un récit  reste en suspend.

 

 

 

Windows, David LynchPar ailleurs, les compostions de la série « Windows »soulèvent quelques inerrogations. Quel est l’intérêt de ces cadres de fenêtres, puisqu’ils ne créent pas de limite entre un monde extérieur ou un intérieur ? En effet, les contrastes très forts ne laissent transparaître aucun point d’appuis à la création d’un contexte narratif.  Notre regard comme notre imagination y sont finalement confinés. Autant dire, ces images ne racontent pas grand chose pour le non-initié.

 

 

Pour conclure,  on ressort désappointé face aux travaux photographiques d’un artiste qui nous avait habitué à des images très richeset à son sens aigu du détail. Loin de maîtriser l’art de l’illusion, Lynch apparaît encore au stade de l’expérimentation et peine à
nous convaincre avec ses Small Stories.

 

 

 

A propos de l'auteur

Stéphanie

Artscen, c'est moi, Stéphanie, la trentaine florissante. Prof d'Histoire-géo et amatrice d'art, je fréquente assidûment les expos. Lieux de découverte et d'expérimentation, elles sont devenues un espace où je puise mon inspiration.
Quel est l'objectif d'Artscen ? Partager avec vous mes découvertes, mes coups de coeur, mes déceptions. Peut-être vous donnerai-je l’envie d’aller découvrir un artiste ? Une période ? Peut-être mes récits vous permettront-ils de replacer une oeuvre ou des informations dans un contexte plus global ? A vous de me le dire…

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