Histoire

Parcours au Louvre. A la découverte de la Mésopotamie

Lamassu de profil, musée du Louvre

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 L’Histoire de la Mésopotamie débute au IVè millénaire av. J.C., dans les vallées fluviales du Tigre et de l’Euphrate. Dans cette riche région agricole, plusieurs peuples se développèrent : les sumériens, les akkadiens et les sumériens. Si leur langue était différente, on observe un fond culturel commun qui transparaît dans leur mode de vie, mais aussi dans leurs croyances. C’est ce cadre culturel commun que je vous propose de découvrir à travers une sélection de 6 oeuvres.

Salle n°1 : les cadres politiques et économiques de la Mésopotamie antique.

La première salle des Antiquités orientales est consacrée à l’origine des civilisations orientales. On peut y observer la naissance de la civilisation sumérienne qui domina toute la basse Mésopotamie du IIIè au IIè millénaire av. J.C.

Des précurseurs de l’écriture (vitrine 3)

Tablette pictogramme, Mésopotmie, IIIè miléénaire av. J.C

Tablette pictogramme,Uruk en Basse Mésopotamie, env. 3200 av. J.C

Les sumériens furent une des premières civilisations à se doter d’une écriture.  Comme les hiéroglyphes égyptiens, cette écriture était constituée de pictogrammes, c’est à dire de dessins inspirés d’objets réels. Le papier  (invention du Moyen-Age) n’existant pas encore, ils gravaient à l’aide d’un calame des morceaux d’argile, qu’ils faisaient ensuite sécher.

La cité d’Uruk est considérée par les historiens comme le berceau des civilisations de la Mésopotamie. Près de 2000 tablettes y ont été retrouvées. Un grand nombre d’entre elles avaient été réutilisés comme matériaux de construction, ce qui permit leur conservation dans le temps.

La tablette ci-contre est la plus ancienne tablette conservée au musée du Louvre. Les encoches que l’on peut y voir en haut permettaient d’insérer de petits objets en argiles utilisés pour compter et mesurer. Les signes en dessous des encoches correspondent, quant à eux, à des noms d’individus. Les spécialistes en ont donc conclu qu’il s’agissait d’un relevé comptable de salaires.

Ces informations sont très précieuses sur la naissance de la première civilisation de Mésopotamie? On découvre  Il se mit en place, dès le IIIè millénaire av J.C., une hiérarchie sociale de plus en plus élaborée, entre les propriétaires de la terre, les commerçants et les simples travailleurs. Par ailleurs, la mise en place de ce système de rétribution en nature n’a été possible que grâce à l’accroissement de la production agricole. Rapidement,  la prospérité d’Uruk fut telle qu’il s’y développa une ville, abritant un palais et un temple, que ses élites protégèrent en contruisant des murailles. Le système des cités-Etats était né.

Des cités divisées en micro-royaumes (vitrine 1)

Stèle des vautours, Mésopotamie, IIIè millénaire av. J.C.

Stèle des vautours, Lagash, Mésopotamie, IIIè millénaire av. J.C.

 Mais rapidement, d’autres cités-royaume, dirigées par des roitelets, se développèrent. Les guerres entre ces cités étaient nombreuses. Chacune d’entre elle essayait d’étendre son pouvoir sur les terres agricoles avoisinantes.

La Stèle des vautours est un témoignage de ces conflits. Elle raconte la guerre menée par le roi de Lagash Eannatum (2455 – 2426 av. J.C.) à la cité d’Umma pour le contrôle des terres fertiles du Guédina.

En haut de la stèle, on y voit l’armée du roi de la cité de Lagash piétinant les cadavres des soldats  de l’armée adverse. Eannatum, peut être reconnu en raison de sa grande taille, mais aussi de son vêtement, une culotte de peau de mouton portée par les dignitaires mésopotamiens, nommée le kaunakès.

En haut à droite, des vautours  emportent les cadavres de l’armée vaincus. Ces oiseaux, omniprésents dans l’art mésopotamien, sont une évocation de la mort ainsi que de la guerre. Les vautours représentent aussi une incarnation d’Imdougoud, une créature mythique capable d’un battement d’aile de faire régner le chaos.

Cette première face offre une vision de la puissance de la dynastie archaïque des rois de Lagash qui imposa son hégémonie aux cités de Basse Mésopotamie, une grande partie du IIè millénaire av. J.C. .

Le dos de la stèle est consacré au  dieu Ningirsu, le protecteur de la cité de Lagash. Il retient prisonnier dans son filet les soldats de l’armée ennemie. Dans sa seconde main, il enserre dans son poing Imdougoud. La place réservée par le sculpteur à cette divinité montre le rôle très important  du sacré dans le déroulement de la vie politique et du quotidien. La réussite comme l’échec des actions humaines était imputée à une force céleste. Et pour se protéger de ces forces, chaque cité se dotait d’une divinité protectrice à laquelle on consacrait le temple principal du royaume. Cette divinité était même considérée comme le véritable souverain de la cité, le roi n’étant lui, qu’un simple instrument du pouvoir.

Salle n°2 et 3: Les arts en Mésopotamie

Les salles 2 et 3 montrent l’apogée des civilisations de Mésopotamie au IIè millénaire av. J.C. En dépit d’une histoire politique perturbée par des invasions akkadiennes, les cités de Mésopotamie poursuivirent leur incroyable développement.  

La sculpture (salle 2)

Statue de Gudea, Temple de Ningishzida, Mésopotamie, IIè millénaire av. J.C.

Statue de Gudea, Temple de Ningishzida, Mésopotamie, IIè millénaire av. J.C.

Au IIè millénaire,la dynastie de Lagash continue à dominer la Mésopotamie. Ses rois contribuèrent largement au développement de la sculpture par leurs commandes nombreuses. Dans la salle, vous pourrez apprécier la multitude de statue du roi Gudéa de Lagash (2141- 2122 av. J.C.) retrouvées en Basse Mésopotamie.

Ces statues étaient d’abord un geste de dévotion de la part du prince. En effet, la plupart de ces représentations de Gudéa étaient destinées à des temples. Elles offraient une image permanente du roi en prière dans le temples. La matière utilisée le dyorite,  était d’une grande résistance et difficile à tailler. Elle était considérée comme un matériaux noble et dur, permettant à l’image du roi de traverser les époques.

En outre, ces statues remplissaient un rôle politique en tant qu‘outil de propagande royale. En effet, les inscriptions cunéiformes (en langue akkadienne) sur la tunique du roi rappellent le rôle de Gudéa dans la restauration du temple. Aussi, cette tunique découvre le bras droit de l’Empereur, laissant l’observateur admiratif devant la musculature royale.

La musique (salle 3, vitrine 6)

Musique  Mésopotamie, le harpiste, Louvre.

Le harpiste d’Eshnunna, IIè millénaire av. J.C.

La musique n’avait pas une seulement valeur d’agrément populaire, elle jouait un rôle religieux et social important. Aussi, les musiciens bénéficiaient d’un statut privilégié en étant associé au personnel sacré. Souvent professionnels, ils étaient rattachés à un temple ou à un palais, tant chez les sumériens que chez les akkadiens ou les assyriens. Chacun d’eux maîtrisait les instruments traditionnels sumériens : la lyre, la harpe et le tambour.

Les musiciens accompagnaient les banquets, mais aussi les processions religieuses. Il semble que pour ces premières civilisations, la musique avait la vertue d’apaiser l’âme de l’individu et de l’aider à prendre de sages décisions. Elle était donc très répandue dans la vie quotidienne des habitants.

La tablette ci-contre a été retrouvée dans une sépulture. Elle représente un harpiste jouant pour accompagner le défunt. Les mésopotamiens avaient une prédilection pour ce type d’instrument à corde. Certaines, confectionnées en pierres précieuses ont été retrouvées dans des tombes. On pense même qu’elles pouvaient être utilisées comme offrandes aux dieux.

Au fil du temps, les fonctions assignées à la musique se multiplièrent. Ainsi, au Ier millénaire av. JC. l’usage de la musique s’étend au champ de bataille où elle était utilisée pour donner du courage aux soldats.

Salle n°4 : Les personnages mythiques mésopotamiens

Au premier millénaire av J.C., la domination akkadienne laisse place à celles des Assyriens (peuple du Nord de la Mésopotamie. Mais encore une fois, le changement politique n’implique pas un changement culturel. Bien au contraire, les vestiges de la capitale assyrienne bâtie par le roi Sargon II, à Dur-Sharrukin, attestent de l’unité culturelle de la Mésopotamie  au Ier millénaire av. J.C..

Gilgamesh, la figure du roi mythique

Gilgamesh, Palais du roi Sargon II, Ier millénaire av. J.C.

Gilgamesh, Palais du roi Sargon II, Ier millénaire av. J.C.

Gilgamesh est le héros le plus célèbre de la culture méopotamienne. Premier roi de Uruk, il est décrit, dans les mythes, comme un odieux tyran, asservissant son peuple pour accomplir des projets architecturaux pharaoniques et pour asservir ses désirs sexuels. Pour le punir de ses comportements excessifs, lui envoient une créature maléfique à affronter : Enkindu, l’homme taureau. Mais aucun des deux adversaires ne parvient à prendre le dessus sur l’autre. Comprenant leur complémentarité, en tant que figure du bien et du mal, ils décident de s’allier pour accomplir de grandes oeuvres. Mais la mort précoce d’Enkindu terrifie Gilgamesh qui se lance, alors dans une quête vaine : l’immortalité.

Sargon II choisit de faire représenter cette figure symbolique sur les murs de la salle du trône de son palais. Ce choix n’est pas innocent. En effet, nous retrouvons une représentation traditionnelle de Gilgamesh, haute de 4 mètres. Gilgamesh étouffe du bras gauche un lion alors qu’il tient dans sa main droite une masse d’arme avec laquelle, il s’apprête à l’assommer. Le regard menaçant de Gilgamesh comme celui du lion agonisant sont braqués sur le visiteur. Elle rappelait aux visiteurs, la puissance royale capable de dompter la sauvagerie des plus grands prédateurs. Malheur à celui qui aurait l’audace de provoquer le roi !

Les Lamassu

Lamassu, Mésopotamie au Ier millénaire av. J.C.

Lamassu, Mésopotamie au Ier millénaire av. J.C.

L’univers mythologique des mésopotamiens était peuplé de dieux, comme Ningirsu, de héros comme Gilgamesh, mais aussi de démons et de génies. Les Lamassu entrent dans cette dernière catégorie. Ces créatures hybrides  mythiques  sont composées de plusieurs éléments : un corps de taureau, un visage humain et des ailes. Elles sont chargées de garder la porte extérieure de la cité des intrusions extérieures.

Sculptées à partir d’un seul morceau de pierre, ces sculptures de 4 mètres de hauts toisent le passant. L’abondance des détails,  de la chevelure aux frisottis de la barbe, en passant par les motifs de leurs boucles d’oreilles donnent un caractère quasi-réel à ces créatures.

Les 5 pattes de ces animaux ne sont en aucun cas une erreur commise par le sculpteur. Elles sont un subterfuge élaboré par le sculpteur pour animer les Lamassu. Quand le passant les observe depuis l’extérieur, les Lamassu se tiennent immobiles. Mais dès que spectateur pénètre le couloir, et observe ces génies de profil, ces derniers semblent se déplacer.

On ne peut qu’imaginer la crainte ressentie par les étrangers en franchissant le portail gardé par ces créatures. Celle-ci ne pouvait être que renforcée par les inscriptions en cunéiforme gravées entre leurs pattes, qui évoquent le pouvoir du roi et profèrent des menaces de damnation contre ceux qui tenteraient de braver les murs de la cité.

 

En dépit de sa grande beauté et de sa monumentalité, le palais de Dur-Sharrukin ne fut pas achevé. Après la mort de Sargon en 705, il est abandonné par son fils qui préfère installer sa capitale dans l’ancienne Ninnive. Il s’ensuit une période décadence pour la Mésopotamie qui se solde par la conquête de la Mésopotamie par les Mèdes au VIIè siècle av. J.C. Ces derniers imposèrent un nouveau cadre social aux habitants avec une nouvelle langue et une nouvelle religion. Uuk, Lagash, Dur-Sharrukin tombèrent progressivement dans l’oubli.

 

Sources écrites :

F. Joannès, Les premières civilisations du Proche-Orient, Belin, 2006

 

sitographie : 

http://www.louvre.fr/departments/antiquit%C3%A9s-orientales

http://orient07.wordpress.com/2012/04/17/liconographie-du-vautour-dans-le-monde-mesopotamien/

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jds_0021-8103_1972_num_3_1_1268

http://www.normalesup.org/~pcuvelier/wwwmythes/Exposemythologiemesopotamienne.pdf

 

A propos de l'auteur

Stéphanie

Artscen, c'est moi, Stéphanie, la trentaine florissante. Prof d'Histoire-géo et amatrice d'art, je fréquente assidûment les expos. Lieux de découverte et d'expérimentation, elles sont devenues un espace où je puise mon inspiration.
Quel est l'objectif d'Artscen ? Partager avec vous mes découvertes, mes coups de coeur, mes déceptions. Peut-être vous donnerai-je l’envie d’aller découvrir un artiste ? Une période ? Peut-être mes récits vous permettront-ils de replacer une oeuvre ou des informations dans un contexte plus global ? A vous de me le dire…

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